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espace    JEANNE D'ARC     espace

 

Jeanne naquit à Domrémy: ce village faisait partie à l'époque du Barrois, et les comtes de Bar étaient vassaux directs des rois de France, ce qui signifie que
les habitants de Domrémy étaient sujets de Charles (VII). La partie nord de ce village (avec Greux) relevait de la châtellenie de Vaucouleurs, 
et la partie sud
de la châtellenie de Gondrecourt.


Le père de Jeanne, Jacques (ou Jacquot) d'Arc était laboureur. Il s'opposa à la "mission" de sa fille; néanmoins, on le verra à Reims à l'occasion du sacre du
Dauphin, et il sera anobli par celui-ci en décemmbre 1429. La mère de Jeanne, Isabelle Romée, naquit à Vouthon (vers 1385). Elle aussi sera anoblie en
1429; plus tard, elle se fixera à Orléans (en 1440) où elle mourut le 28 novembre 1458. Jacques et Isabelle eurent cinq enfants:

                 1- Jacquemin, mort sans alliance avant 1455
                     2- Catherine, épouse de Colin le Maire
                     3- Jean suivra sa soeur à Orléans, sera anobli en 1429 avec ses parents et son frère Pierre. On le nommera plus tard bailli de 
Vermandois, et
                          il finira sa vie comme prévôt de Vaucouleurs
                     4- Pierre sera lui-aussi au siège d'Orléans, et assistera au sacre du Dauphin. Il sera fait prisonnier avec sa soeur à Compiègne le 23 mai 1430
                         (libéré contre rançon). Il se fixera à Orléans où il mourut entre 1465 et 1467. Il laissa un fils Jean, mort sans enfant
                     5- et enfin Jeanne (appelée parfois Jeannette), née vers 1411-1412, que rien ne prédestinait à devenir ce qu'elle est devenue...


Jeanne a eu une enfance bien ordinaire, comme toutes les jeunes filles de sa condition: elle participait aux travaux de la maison familiale (elle dira durant
son procès "qu'elle ne craignait aucune femme de Rouen pour filer et coudre"), aidait parfois son père à labourer et gardait parfois le troupeau du 
village
quand c'était le tour de son père. Celles et ceux qui l'ont connue se souviendront d'elle comme étant sage, obéissante et courageuse dans le travail, en passe
de devenir une parfaite femme d'intérieur.


Quand elle ne travaillait pas, il lui arrivait d'aller dans le "Bois-Chesnu", tout proche de sa maison, avec d'autres filles pour s'y promener, jouer et danser...
Jean d'Estivet, le promoteur de son procès, déformera les propos de Jeanne en la faisant chanter "chansons, invocations, sortilèges et autres maléfices" et
en la montrant dansant autour de "l'arbre des fées", qui se trouvait à l'orée du Bois-Chesnu... D'Estivet cherchait à trouver des preuves de sorcellerie dans les
actions les plus anodines de la vie de Jeanne. Elle était bonne chrétienne, se rendait fréquemment à l'église, se confessait souvent. Jean Waterin, laboureur
à Greux:
 

     "elle fréquentait les églises et les lieux saints; parfois aussi quand elle était dans les champs, et entendait la cloche sonner,
       elle se  mettait à genoux
".

Dans l'éxaltation de sa foi profonde, Jeanne dira entendre des voix, et ceci commenca vers ses treize ans; durant son procès, le 22 janvier 1431, Jeanne
dira avoir entendu

       "
alors qu'elle était âgée de 13 ans, une voix venant de Dieu pour l'aider à se gouverner. Et la première fois elle eut grand peur.
       Cette voix 
vint quasi à l'heure de midi, en été, dans le jardin de son père [...]. Elle entendit la voix sur le côté droit, vers l'église, et
       rarement elle l'entend sans qu'il y ait une clarté [...]. Elle a dit aussi qu'il lui paraissait que c'était une digne voix et elle croit que
       cette voix était envoyée par Dieu, et après qu'elle eut entendu trois fois cette voix, elle connut que c'était la voix d'un ange [...].
      Ensuite elle confessa que cette voix lui disait deux ou trois par semaine qu'il fallait qu'elle-même partît et vînt en France [...] et
       elle ne pouvait plus durer où elle était
".

     "Elle a dit ensuite que la voix lui avait dit qu'elle-même, Jeanne, allât dans la ville forte de Vaucouleurs, trouver Robert de Baudricourt, 
       capitaine de ce lieu, qu'il lui donnerait des gens qui iraient avec elle
".

Plus tard, les voix lui commanderont d'aller délivrer Orléans, qui était assiégée par les Anglais. Durant trois ans, ces voix ont forgé en Jeanne une volonté
d'accomplir une mission: redonner sa légitimité au Dauphin Charles, en le faisant sacrer à Reims et en "boutant" les Anglais de l'Orléanais. Mais elle avait 

peu conscience de la guerre Franco-Anglaise, ceux de Domrémy ayant surtout à se plaindre des Bourguignons, alliés des Anglais. 

Rappel rapide des faits: le 23 novembre 1407, Louis d'Orléans, frère du roi de France Charles VI, est assassiné par les hommes de main de Jean, duc de
Bourgogne. Cela déclenche une "guerre civile", opposant les Armagnacs, partisans du nouveau duc d'Orléans, Charles, aux Bourguignons. Cette horrible
vendetta, de défis en réconciliations de façade, aboutira à l'assassinat du duc de Bourgogne le 10 septembre 1419 sur le pont de Montereau, 
ce qui
entrainera son fils philippe dans l'alliance militaire avec les Anglais. Ceux-ci avaient repris la guerre en 1415 avec Henri V, leur nouveau roi. Ils
remportèrent sur les Français la bataille d'Azincourt, puis se rendirent maître de la Normandie. En 1420, les Anglo-Bourguignons conclurent le traité de
 Troyes, au nom de Charles VI (qui était "empêché"), qui déshéritait le Dauphin Charles au profit d'Henri V et de ses descendants (Charles VI et Henri V
moururent en 1422). Le Dauphin tenta néanmoins de reprendre sa couronne par les armes: si les siens remportèrent un succès au Vieil-Baugé (22 mars
 1421), il fut battu à Cravant (31 juillet 1423) et à Verneuil (17 août 1424). Après la conquête du Perche et du Maine, les Anglo-Bourguignons 
marchèrent vers les Pays de Loire, où s'était réfugié le Dauphin. Le 12 octobre 1428, les goddons mirent le siège devant Orléans. Vaucouleurs, où 
Jeanne va bientôt se rendre, est la dernière place forte au nord de la Loire qui n'est pas aux mains des Anglais et de leurs alliés.

 
Jeanne d'Arc fit trois voyages à Vaucouleurs, accompagnée à chaque fois par Durand Laxart, le mari de sa cousine. Il lui fallut attendre le troisième pour
que Robert de Baudricourt se laisse fléchir; en effet, il avait parlé de Jeanne au duc de Bar, et celui-ci au duc de Lorraine, qui délivra à Jeanne un
sauf-conduit, afin qu'elle puisse venir le voir. Charles de Lorraine lui donna un cheval et de l'argent. Le 13 février 1429, Jeanne partit de Vaucouleurs
pour Chinon, où résidait le Dauphin à ce moment là. Elle avait pour escorte Bertrand de Poulengy et Jean de Metz (rencontrés à Vaucouleurs et qui
avaient tout de suite cru en elle), Colet de Vienne, Richard l'Archier, Jean Dieulewaard, Jean de Honnecourt ("servants" de Poulengy et Metz) et son frère
Jean d'Arc qui était venu se joindre au groupe.


Le voyage dura onze jours. Ils passèrent notamment par Saint-Urbain, Auxerre, Gien, Fierbois où Jeanne envoya des lettres au Dauphin 

      "dans lesquelles il était indiqué qu'elle les envoyait pour savoir si elle entrerait dans la ville où était sondit roi et qu'elle avait
       bien parcouru cent cinquante lieues pour venir vers lui, à son aide et qu'elle savait beaucoup de bonnes choses pour lui [...]
". 
      "On délibéra en conseil si le roi entendrait Jeanne ou non [...]. Enfin, et non sans difficulté, il fut décidé que le roi l'entendrait [...]".


Jeanne et ses compagnons arrivèrent à Chinon le 23 février 1429: elle était très attendue par le Dauphin et sa cour, qui étaient intrigués par cette pucelle
qui se disait envoyée "de par Dieu", et dont les projets étaient connus de tous.... Simon Charles, président de la chambre des comptes du roi, vint chercher
Jeanne et la conduisit au château. Frère Jean Pasquerel:

       "Le sire comte de Vendôme conduisit Jeanne auprès du roi et la fit entrer dans la chambre royale. Lorsqu'il la vit, le roi demanda
        à Jeanne son nom;  elle répondit: - Gentil Dauphin, j'ai nom Jehanne la pucelle; et le roy des cieux vous mande par moi que vous
       serez sacré et couronné dans la ville de Reims, et vous serez le lieutenant du Roi des Cieux, qui est le roi de la France. - Après 
       plusieurs questions posées par le roi, Jeanne dit à nouveau: - moi  je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France 
       et fils de roi; il m'envoie pour te conduire à Reims où tu recevras la couronne et le sacre, si tu veux. - L'ayant entendue, le roi déclara
       aux assistants que Jeanne lui avait dit certains secrêts, que personne ne connaissait ou ne pouvait savoir, si ce n'est Dieu; aussi
       avait-il grande confiance en elle
".

Après cette entrevue, on logea Jeanne au château de Coudray et on lui donna un écuyer, Louis de Coutes. Dès lors, le Dauphin choisit de faire confiance à la
Pucelle; mais il ne pouvait pas lui confier une armée sans s'assurer que les intentions de 
Jeanne étaient "pures". On emmena donc la jeune femme à Poitiers,
où elle dut subir des examens qui devaient mettre en lumière si oui ou non, elle était inspirée par le Malin.
Les théologiens et les laïcs qui composaient le "jury" examinèrent Jeanne du 07 au 21 mars :

       "Maître Jean Lombart lui demanda pourquoi elle était venue [...], elle répondit de telle manière que, gardant des animaux, une
        voix lui était parvenue, et lui dit que Dieu avait grand pitié du peuple de France et qu'il fallait qu'elle vint en France [...]
". "Maître 
        Guillaume Aymeri l'interrogea: - tu as déclaré que la voix t'a dit la volonté de Dieu, de délivrer le peuple de la France du malheur  
        où il se trouve. S'Il veut le délivrer, il n'est pas besoin d'avoir des hommes d'armes. - Jeanne répondit alors: - en nom Dé, les gens
        d'armes batailleront et Dieu donnera la victoire [...]
".


Le même Aymeri lui demanda de montrer au jury "un signe" qui permettrait de croire à ses dires:

       "En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire des signes; menez-moi à Orléans, je vous montrerai les signes prouvant par
        quoi je suis envoyée
".

Elle fit alors quatre prédictions: le siège d'Orléans sera levé, le Dauphin sera sacré, Paris rentrera en l'obéissance du roi, et le duc d'Orléans sera libéré
(il était prisonnier depuis Azincourt). Enfin, elle fut examinée par Yolande d'Aragon, belle-mère du Dauphin, et d'autres dames, qui constatèrent sa virginité. 
Ses "examens" finirent par persuader tout le monde, y compris les hésitants et les incrédules. On décida de lui attribuer des gens d'armes et de l'envoyer à
Orléans, avec de bons capitaines.


Le 22 mars, Jeanne dicta une lettre destinée aux Anglais:

        + JESUS MARIE +

      
" Roi d'Angleterre et vous, duc de Bedford, qui vous dites régent du royaume de France; vous, Guillaume Pole, comte de Suffolk, Jean, 
       sire de Talbot, et vous Thomas, sire de Scales, qui vous dites lieutenants dudit duc de Bedford, faites raison au Roi du ciel; rendez à
       la pucelle qui est ici envoyée de par Dieu, le Roi du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France.
       Elle est ici venue de par Dieu pour réclamer le sang royal. Elle est toute prête à faire la paix, si vous voulez lui faire raison en
       abandonnant la France et payant pour ce que vous l'avez tenue. Et vous tous archers, compagnons de guerre, gentilshommes et
       autres qui êtes devant la ville d'Orléans, allez-vous en en votre pays, de par Dieu; et si vous ne le faites ainsi, attendez des nouvelles
       de la Pucelle qui ira vous voir sous peu, à vos bien grands dommages. Roi d'Angleterre, si vous ne le faites ainsi, je suis chef de
       guerre et en quelque lieu que j'attendrai vos gens en France, je les en ferai aller, qu'ils le veuillent ou non. Et, s'ils ne veulent obéir,
        je les ferai tous occire; je suis ici envoyée de par Dieu, le Roi du ciel, corps pour corps, pour vous chasser hors de toute la France.
       Et s'ils veulent obéir, je les prendrai en miséricorde. E
t n'ayez point une autre opinion, car vous ne tiendrez point le royaume de
       France de Dieu, le Roi du ciel, fils de sainte Marie, mais le tiendra le roi Charles, vrai héritier; car Dieu, le roi du ciel, le veut, et cela
       est révélé par la Pucelle au roi Charles, lequel entrera à Paris en bonne compagnie. Si vous ne voulez croire ces nouvelles de par
       Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que nous vous trouverons, nous frapperons dedans et y ferons un si grand hahay qu'il y a bien
       mille ans qu'en France il n'y en eut un si grand, si vous ne nous faites raison. Et croyez fermement que le Roi du ciel plus de force
       à la Pucelle que vous ne sauriez lui mener tous vos assauts, à elle et à ses bonnes gens d'armes; et aux horizons on verra qui aura
       meilleur droit de Dieu du ciel. Vous, duc de Bedford, la Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous fassiez pas détruire. Si
       vous lui faites raison, vous pourrez encore venir en sa compagnie, là où les Français feront le plus beau fait qui jamais fut fait
       pour la chrétienté. Et faites réponse si vous voulez faire la paix en la cité d'Orléans; et si vous ne le faites ainsi, de vos bien grands
       dommages qu'il vous souvienne sous peu. Ecrit ce mardi, semaine sainte."


Après avoir fait envoyer la "lettre aux Anglais", Jeanne d'Arc alla à Tours où elle reçut son "habillement de guerre". De Tours, elle fut conduite à Blois, où
elle arriva le 21 avril (accompagnée de Jean d'Aulon, son intendant, de frère Pasquerel, son chapelain, de Louis de Coutes et Raymond, ses pages). Le 27,
Jeanne quitta Blois, avec des vivres et des munitions, accompagnée, entre autre, de Gilles de Rais, d'Ambroise de Loré, de Jean de Brosse, seigneur de
Boussac, de Louis de Culan, amiral de France et d'Etienne de Vignolles, dit "La Hire". Le 29, le convoi était en vue d'Orléans... Cela faisait 200 jours que la
ville était assiégée par les Anglo-Bourguignons. Le comte de Salisbury (mort le 27 octobre 1428), puis le comte de Suffolk, avec Talbot, Scales et Glasdale, commandèrent les armées assiégeantes. En décembre 1428, les Anglais commencèrent à construire une 
dizaine de bastilles, destinées à ceinturer
Orléans; mais aucune ne menacera la Porte de Bourgogne, ce qui permettra aux assiégés d'être ravitaillés convenablement. Côté Français, Jean, le Bâtard
d'Orléans commandait la garnison de la ville; Raoul de Gaucourt en était le gouverneur. De nombreux capitaines vinrent par la suite assister le Bâtard,
notamment: Archambaud de Villars (héros du combat des sept de Montendre en 1402), Jean et Poton de Xaintrailles, Jean sire de Bueil, Jacques de
Chabannes, Pierre d'Amboise, le maréchal de La Fayette (vainqueur de la bataille de Baugé en 1421), Florent d'Illiers, les frères Ecossais John et
William Stewart (Stuart), Bertrand de La Tour, le comte de Clermont... Durant le siège, Anglais et 
Français "escarmouchèrent" et se défièrent, sans aucuns
avantages décisifs pour l'un et l'autre parti, sauf le 12 février 1429, les Français du Bâtard et de Clermont échouèrent dans leur tentative de prendre
un convoi de 300 chariots de vivres destiné aus assiégeants, commandé par Falstof, capitaine redouté et Simon Morhier, prévôt de Paris. Cette déconfiture, 
qu'on appellera " la journée des Harans", était due au comte de Clermont qui n'avait attaqué, laissant seul le Bâtard avec 400 combattants qui furent
presque tous exterminés (dont les frères Stewart). Donc, le 29 avril:

       "[...] vinrent à Orléans les nouvelles certaines selon lesquelles le roy envoyait par la Sologne vivres, poudres, canons et autres
       habillemens de guerre sous la conduite da la Pucelle, laquelle venait de par Nostre Seigneur pour ravitailler et réconforter la ville
       et faire lever le siège [...]
".

A la faveur d'une diversion, on put entrer dans Orléans sans coup férir. Jeanne, sa suite et ses frères furent logés en l'hôtel de Jacques Boucher, 
trésorier 
du duc d'Orléans. Le 01 mai, le Bâtard partit à Blois afin de ramener des renforts; il en revint le 04. Le même jour, les Français prirent la bastille "Sainct Loup",
située à l'est d'Orléans, après une lutte de trois heures. Les 06 et 07, ils prirent la forteresse des Augustins et le fortin des Tournelles, au sud de la ville.
Durant les assauts, Jeanne fut blessée entre l'épaule et la gorge, ce qui entraina le repli des Français, qui étaient "moult dolens et courrouchez"; mais la
Pucelle les exhorta

       "car sans nulle faulte les Angloys n'auront plus de force de eulx deffendre, et seront prinses leurs Tournelles et leurs boulevars".

Aussitôt dit, aussitôt fait, les Français prirent le dessus, d'autant plus que les Anglais commirent l'erreur de tenter une sortie et d'annuler ainsi leur position
défensive avantageuse. Le 08, les Anglais plièrent bagages; le Bâtard racontera:


       "[...] de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se rangèrent en bataille pour le combat. A cette vue, la Pucelle se leva
         de son lit et mit seulement un habit appelé en Français jasseran; elle décida cependant que personne n'attaquerait les Anglais,
        ni leur réclamerait rien, mais qu'on les laisserait partir. Et ils partirent en fait, sans que personne alors les poursuivît. Dès ce
        moment la ville fut délivrée de ses ennemis
".

Les Anglais s'en allèrent à Meung-sur-Loire.

Il n'est pas inutile de rappeler que Jeanne a été "utilisée" par le Dauphin et ses conseillers, qui ont vite vu l'avantage qu'ils pouvaient tirer 
de la jeune fille:
elle avait redonner l'espoir et la confiance dans les coeurs Français, et il aurait été malheureux de ne point l'écouter et de la renvoyer à Domrémy.
Jusque là, Jeanne n'a jamais manqué de courage, et en fait elle n'en manquera jamais. Les succès militaires, auxquels elle ne participera pas, même si
elle était présente au sein des soldats et des capitaines, seront une preuve de sa "mission", et pour cela ses fidèles capitaines garderont d'elle un émouvant
souvenir.
Il faudra attendre un peu avant que le Dauphin, qui était "endormi" à cette époque, ne devienne Charles le Victorieux ou plutôt le Bien-Servi ... enfin, le
bien-servi, voire ! A ce moment de l'histoire, le favori de Charles était Georges de La Tremoille, qui avait tendance à confondre les deniers de l'Etat et les
siens; ce La Tremoille avait "succédé" à Pierre, sire de Giac, qui, parce que lui aussi, se servait allègrement dans le Trésor Royal (et aussi parce qu'il se
serait "débarassé" de sa femme), fut cousu dans un sac et jeté en une rivière.


Peu après, le régent Bedford écrivit une lettre à Henri VI, roi d'Angleterre:

       "Tout vous a réussi jusqu'au temps du siège d'Orléans, entrepris Dieu sait par quel conseil. Auquel temps, après le malheur advenu
       à mon cousin de Salisbury, la main de Dieu, comme il semble, a frappé un rude coup sur vos gens assemblés là en grand nombre: la
       principale cause a été, comme je crois, la funeste opinion et vaine crainte qu'ils avaient d'un limier de l'Enfer, appelé la Pucelle,
       qui a usé de faux enchantements et sorcelleries. Lesquels coups et déconfiture ont non seulement fort diminué le nombre de vos gens,
       mais abattu en merveilleuse façon le courage de ceux qui restent
".

       On avait délivré Orléans, et il convenait dorénavant d'aller à Reims pour faire sacrer le Dauphin. Jeanne d'Arc et ses capitaines quittèrent Orléans
le 09 mai pour Blois; ils y restèrent jusqu'au 12. Le 13, Jeanne était à Tours où elle rencontra le Dauphin. Le 23, elle était à Loches, où, le 04 juin,
on décida de libérer les villes de la vallée de la Loire occupées par les Goddons. Le 06, Jeanne était à Selles-sur-Cher et le 07 à Romorantin, où les
troupes Françaises se rassemblaient (un cousin de Gilles de Rais, Guy sire de Laval, se joignit aux autres capitaines). Le gros de l'armée fut réuni dans
les environs d'Orléans: le chef était Jean duc d'Alençon (dont le père avait péri à Azincourt), et ses seconds furent le Bâtard et La Hire:


       "et ils firent tant qu'ils réunirent jusqu'à six cent lances des gens du roi, avec l'intention d'aller à Jargeau, ville qu'occupaient les
          Anglais [...]
".

Jargeau fut assaillie le 12 juin:

        "[...] Jeanne prit son étendard et partit à l'attaque en exhortant les hommes d'armes à avoir bon courage; et ils firent tant que
         cette nuit-là, l'armée du roy s'installa dans les faubourgs de Jargeau [...]
".

Le comte de Suffolk, qui commandait aux Anglais, fut fait prisonnier. Le 15 et 16, ce fut le tour de Meung (qui se rendit grâce aux bombardes d'Orléans)
et de Beaugency:

       "[...] le lendemain, ils allèrent vers Beaugency, où ils rencontrèrent dans les prés d'autres troupes royales, et menèrent une attaque
       contre les Anglais se trouvant dans la ville. Après cette attaque, les Anglais abandonnèrent la ville et se réfugièrent dans le château [...]
".


Cependant, une forte armée Anglaise approchait, sous les ordres de
Falstof et de Talbot. Le Dauphin envoya des renforts vers Beaugency, commandés par
le connétable Arthur de Richemont. Celui-ci était plutôt indésirable, mais à l'approche du danger, Jeanne déclara à Richemont:

       "Ah! beau connétable, vous n'êtes pas venu de par moi, mais puisque vous êtes venu, soyez le bien venu".

18 juin. La bataille était inévitable:

       "[...] mais quand vint le jour où ils rencontrèrent les Armagnacs, ils n'étaient plus que six mille et les Armagnacs étaient dix mille. 
       Ainsi coururent-ils sus aux Anglais moult âprement, et les Anglais ne refusèrent pas le combat [...]. Les Anglais furent donc battus
       et il fut bien retrouvé, à ce qu'on dit, 4000 morts Anglais ou davantage [...]
".

Le Bourgeois de Paris, anglophile et auteur de ces lignes, éxagère largement les chiffres (quoi qu'il en soit, les Anglais étaient les plus nombreux). A
l'avant-garde Française, il y avait le Bâtard, Xaintrailles et Boussac; au corps principal, La Hire; et à l'arrière-garde Jeanne, Graville, Gilles de Rais et Guy 
de Laval. Le choc eut lieu près du bourg de Lignarolles, entre Patay et Orléans. Dès que l'avant-garde de Talbot fut enfoncée, Falstof, qui était contre la
bataille, prit la fuite, et cela sema la panique dans les rangs Anglais. Les Français poursuivirent les fuyards et capturèrent Talbot. 
Ces éternels perdants
obtinrent ici un beau succès, qui rachetait quelque peu les Azincourt, Verneuil et autre Cravant.

Le 20 juin, Jeanne se rendit à Saint-Benoît-sur-Loire où elle rendit compte de la victoire de Patay. Le 22, à Châteauneuf-sur-Loire, un conseil fut tenu: on
décida d'aller sans tarder à Reims, et avant, de rassembler toute à Gien; on fixa la date du départ au 27 juin. Le 25, Jeanne écrivit aux habitants de Tournai:

       "
JESUS MARIE - Gentils loyaux Français de la ville de Tournay, la Pucelle vous fait savoir des nouvelles que en VIII jours elle a chassé
        les Anglais de toutes places qu'ils tenaient sur la rivière de Loire par assaut et autrement et que beaucoup sont morts ou ont été
       capturés, et les a battu dans une bataille, et elle croit que le comte de Suffolk, La Pole son frère, le sire de Talbot, le sire de Scales
       et messire Jehan Falstof et plusieurs chevaliers et capitaines ont été pris, et que le frère du comte de Suffolk est mort. Maintenez-
       vous bien, 
loyaux Français, je vous en prie. Et vous prie et requiers que vous soyez tous prêts de venir au sacre du gentil roi à Rains
       où nous serons dans peu de temps; et venez au-devant de nous quand vous saurez que nous approchons. A Dieu je vous recommande.
       Dieu soit bonne garde de vous et vous donne grâce que vous puissiez maintenir la bonne querelle du royaume de France. Ecrit à
       Gien le 25° jour de juin
".

Le 27, l'avant-garde se mit en marche et le 29, ce fut le tour du gros de l'armée. Le 03 juillet, toute l'armée cerna Auxerre, qui était du parti Anglo-Bourguignon.
On négocia et les Auxerrois firent la promesse d'être obéissants, ce qui épargna la cité. Les 03 et 04 juillet, Brimont-l'Archevêque, Saint-Florentin et Saint-Phal
se donnèrent aux Français. De Saint-Phal, Jeanne écrivit aux habitants de Troyes:


     "JHESUS MARIA - Très chers et bons amis, s'il ne tient à vous, seigneurs, bourgeois et habitants de la ville de Troyes, Jehanne la
       Pucelle vous mande et fait savoir de par le roy du ciel son droicturier et souverain seigneur, duquel elle est chacun jour en son
       service royal, que vous fassiez vraie obéissance et reconnaissance du gentil roy de France, qui sera bientôt à Reims et à Paris,
       qui que ce soit qui vienne contre lui, et en ses bonnes villes du saint royaume à l'aide du roy Jésus. Loyaux Français, venez au-devant
       du roy Charles et qu'il n'y ait point de faute et ne vous doutez de vos corps ni de vos biens, si ainsi vous faites [...]. A Dieu je vous
       recommande, que Dieu vous garde, s'il lui plait. Réponse brief. Devant la cité de Troyes; écrit à Saint-Phal, le mardi quatrième de
        juillet
".

Le 05, on arriva devant Troyes. On négocia vainement. Le Dauphin réunit son conseil:

       "La Pucelle vint, entre au conseil, et dit ces paroles ou d'autres semblables: - Noble Dauphin, ordonnez à vos troupes d'assiéger la
       ville de Troyes, sans poursuivre de plus longues délibérations, car, en nom Dieu, avant trois jours je vous ferai entrer en cette cité,
       par amour ou par puissance et force; et la Bourgogne, pleine de fausseté, sera très stupéfaite. -Alors la Pucelle avança aussitôt
       avec l'armée royale, fixa les tentes au long des fossés, et prit telles admirables précautions que n'auraient pas prises deux ou trois
       chefs de guerre plus exercés et plus fameux; elle travailla toute cette nuit-là que le lendemain l'évêque et les citoyens de la cité,
       effrayés et tremblants, se placèrent dans l'obéissance royale [...]
".


Le Dauphin fit son entée solenelle le 10 juillet. Le 12, on quitta Troyes pour aller à Châlons; des émissaires, rencontés à Bussy-Lettrée, lui remirent les clés de
la ville, en laquelle Charles entra le 14. Le 15, l'armée du sacre arriva à Sept-Saulx. Le 16, le Dauphin reçut une délégation de Rémois, qui lui remit les clés de
la ville. Dans la soirée, Charles fit son entée dans Reims où il fut sacrer le lendemain par l'archevêque Regnault de Chartres.


       "Gentil roy, or est éxécuté le plaisir de Dieu, qui voulait que je le vasse le siège d'Orléans et que je vous amenasse en cette cité de
       Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous êtes vrai roy, et celui auquel le royaume doit appartenir
".

Dans la même journée, Jeanne retrouva son père, son frère Pierre et Durant Laxart, qui étaient venus assister au sacre; elle écrivit aussi au duc de Bourgogne:
elle le priait de faire "bonne paix, ferme, qui dure longuement" avec le roi. Philippe de Bourgogne fit la sourde oreille.

Après le sacre, Jeanne était bien décidée de profiter de son avantage en reprenant Paris. Mais le roi prit son temps ... Le 21 juillet, le roi se rendit à Corbeny où
il toucha les écrouelles, selon la tradition Capétienne. Le 23, les Français étaient à Soissons; du 27 au 31 à Château-Thierry. Le 01 août, l'armée était à
Montmirail; du 02 au 05 à Provins (où Jeanne écrivit aux Rémois qu'elle ne les abandonnerai jamais). Le 07, on était à Coulommiers; Bedford lança un défi à  
Charles en lui proposant bataille: bien-entendu, refus du roi. On se rendit ensuite à La ferté-Milon (le 10), 
puis à Crépy-en-Valois (le 11), à Lagny (le 12). Ce
même jour, Bedford nomma le duc de Bourgogne gouverneur militaire de Paris; celui-ci envoya à sa place Louis de Luxembourg. Le 13, Français et Anglais se retrouvèrent face à face à Montepilloy; mais le combat ne fut pas engagé.
Du 17 au 28 août, Charles VII tint sa cour à Compiègne; le 21, lui et Bourgogne signèrent une trève de quatre mois, qui n'incluait pas Paris). Durant le mois
d'août, Xaintrailles et La Hire, sur qui l'inactivité pesait, firent une expédition en Normandie, où ils prirent notamment Aumale, Torcy et Château-Gaillard (où
fut délivré le fameux Barbazan qui croupissait là depuis neuf années). Le 23, Jeanne et d'Alençon quittèrent Compiègne, et se dirigèrent vers Saint-Denis, que
les armées Françaises investirent le 25. Le 07 septembre, le roi les rejoignit avec son armée. Le 08, 
une partie de cette armée échoua dans son attaque contre
les portes Saint-Honoré et Saint-Denis, à cause notamment des bombardes parisiennes (qui firent grands dommages); Jeanne fut blessée et son porte-étendard
fut tué.

       "Même si les Armagnacs avaient été quatre fois plus nombreux et même mieux armés qu'ils étaient, ils n'auraient pas pris ladite
       ville de Paris par assaut ou en faisant le siège tant qu'il y aurait eu des vivres dans la ville, qui en était d'ailleurs bien pourvue
       pour très longtemps; les habitants s'étaient unis avec les gens d'armes pour résister à l'assaut et à l'entreprise susdite
".

On peut se demander si le roi et ses conseillers souhaitèrent l'échec de cette entreprise: les velleités guerrières de Jeanne gênaient la diplomatie du roi, qui
cherchait à gagner du temps et à faire sa paix avec Bourgogne. Bref, tout ceci entraina la démobilisation de l'armée à Gien, le 21 septembre. Cette automne
1429 fut pour Jeanne bien triste. Il semblait que le roi ne lui faisait plus confiance. Aussi fut-elle envoyée à Bourges, où elle fut confiée au lieutenant général
du Berry, Charles d'Albret. En octobre, on chargea Albret, Boussac, le comte de Montpensier et Jeanne, d'éliminer Perrin Grassart, un routier qui tenait
La Charité-sur-Loire, et qui ravageait la région. D'abord, on assiègea Saint-Pierre-le-Moûtier, qui tomba le 04 novembre. Le 09, Jeanne écrivit aux habitants
de Riom:

       "
Saint-Pierre-le-Moûtier a été prise d'assault, et, avec l'aide de Dieu, j'ai l'intention de faire vider les autres places qui sont
        opposées au roi; mais, comme il a été fait grande dépense de poudres, traits et habillements de guerre devant ladite ville, nous
        en sommes dépourvus pour 
aller mettre le siège devant La Charité, où nous allons prestement. Je vous prie de vouloir envoyer et
        aider pour ledit siège poudres, salpêtre, soufre, traits, arbalètes fortes et autres habillements de guerre [...]
".

Ces munitions arrivèrent trop tard ou n'arrivèrent pas. Le 24 novembre, les Français mirent le siège devant La Charité. La place résista jusqu'au 25 décembre,
date à laquelle Albret, Jeanne et les autres décidèrent de lever le siège, faute de minitions, de vivres et .... d'assistance.

Les trèves avec la Bourgogne devaient se terminer à la Noëll 1429. Elles furent prorogées jusqu'au 16 avril 1430. Le 13 février, le duc de Bedford octroya la
Champagne et la Brie au duc de Bourgogne, à charge pour celui-ci de s'en emparer. Pendant ce temps, Jeanne d'Arc "s'ennuyait" à Bourges, puis à
Sully-sur-Loire, où elle écrivit par deux fois aux Rémois, pour les assurer de son soutien immédiat si Philippe de Bourgogne les attaquait. Début avril, Jeanne,
avec Jean d'Aulon et son frère Pierre, quitta Sully avec une troupe de 3 à 400 routiers Piémontais (commandés par Barthélémy Baretta), soldés par l'argent
royal. Ils partirent en direction de l'Ile-de-France, où ils "escarmouchèrent" contre les de routiers de Franquet d'Arras. Celui-ci fut pris (et éxécuté après procès),
et ses hommes tués pour la plupart. Le 22, Jeanne était à Melun, qui venait de se 
libérer des Anglais; là, ses voix lui dirent qu'elle sera prise avant la Saint-Jean,
c'est-à-dire le 24 juin. Le 23 avril, 2 à 3000 Anglais débarquèrent à Calais, dans le but d'aider les Bourguignons à reconquérir les villes et forteresses qu'ils
avaient perdu.
Le 25, Jeanne apprit que les trèves avec les Bourguignons étaient terminées, alors elle demanda des renforts au roi (qui ne vinrent jamais). Le 06 mai, les
Bourguignons s'emparèrent de Gournay, non loin de Compiègne, et le 07, ils mirent le siège devant Choisy-au-Bac. Le 13, Jeanne entra dans Compiègne, et 
le 15, avec ses routiers, elle attaqua par surprise les assiègeants de Choisy. Les Français y obtinrent un très honorable succès, mais ils furent tout de même
obligés de se replier vers Compiègne. Le 17, Jeanne retourna à Crépy, où elle resta jusqu'au 21. Le 20, les anglo-Bourguignons vinrent mettre le siège devant
Compiègne, avec 3 à 4000 hommes. Cette cité était défendue par le gouverneur militaire Guillaume de Flavy, qui était

       "moult hardi et vaillant homme de guerre, mais des pires en vilenies, en femmes et luxure, dans l'art de voler, piller, faire noyer,
       faire pendre et faire mourir les gens
".

En tout cas, Compiègne résistera et ne sera pas prise ...
Le 23 mai, au petit matin, jeanne et ses troupes pénètrèrent dans Compiègne; en fin d'après-midi, vers 17 heures, Jeanne et 600 gens d'armes firent une sortie,
en direction du nord (Xaintrailles et Flavy restèrent dans la place). Rapidement, un combat bref et âpre s'engagea; les Français y furent très vaillants, mais ils
furent obligés de retraiter (étant trop peu nombreux) et furent poursuivis par leurs ennemis jusqu'à Compiègne.

       "
Lorsque que le gouverneur vit les Anglais et les Bourguignons près d'entrer sur le pont, par la crainte qu'il avait de la perte de sa
        place, il f
it lever le pont et fermer la porte
".

Ne pouvant entrer dans la ville, Jeanne essaya de fuir par les champs; et c'est là qu'elle fut, avec son frère et d'Aulon, faite prisonnière, et le bâtard de
Wandomme, qui était au comte de Ligny, l'emmena de force ...

Le 25, Philippe de Bourgogne écrivit au duc de Savoie:

       "[...] nous sommes grandement réconfortés de la guerre; car, le 23 mai, vers six heures, les assiégés ayant fait une sortie, celle
       qu'ils appellent la Pucelle et plusieurs autres capitaines, chevaliers, écuyers et autres ont été pris, noyés et tués [...]
".
       "[...] Anglais et Bourguignons sautaient de joie; le nombre des ennemis tués ou noyés était pour peu de chose dans leur joie.
       Leur triomphe n'était point là: c'est la France qu'ils avaient vaincue
".

Ces quelques mots du chroniqueur Chastellain résument assez bien la situation. La capture de la Pucelle était d'une valeur inestimable pour les Anglo-
Bourguignons. On peut comprendre, vu l'effet bénéfique que Jeanne apportait à l'armée et au peuple Français.

Le bâtard de Wandomme emmena ensuite Jeanne à Margny; elle y fut vendue à Jean de Luxembourg, comte de Ligny, vassal de Philippe de Bourgogne. 
Le 26 
mai, la Sainte Inquisition, en accord avec l'Université de Paris, réclama au duc la prisonnière pour la faire comparaître:

       "[...] Nous vous supplions de bonne affection, très puissant prince, et nous prions vos nobles vassaux que par vous ou par eux,
       ladite Jeanne nous soit envoyée par-deçà sûrement et dans peu de temps, et nous espérons que vous agirez ainsi comme de vrais
       protecteurs de la foi [...]
".

Mais le duc ne paraissait pas pressé de livrer la jeune fille à l'Inquisition, car il reçut plusieurs lettres de rappel, en provenance de l'Université de Paris ... Du 26
mai au 10 juillet, Jeanne fut enfermée à Beaulieu; du 10 juillet à début novembre à Beaurevoir, où elle fut "chaperonnée" par Jeanne de Bethune et Jeanne,
comtesse de Ligny, respectivement femme et tante de Jean de Luxembourg. C'est à Beaurevoir que Jeanne tenta de s'évader en sautant du haut de la tour où
elle était enfermée; elle échoua... Le 14 juillet, l'évêque Cauchon écrivit à Bourgogne et Luxembourg

       "
que cette femme, que l'on nomme communément Jeanne la Pucelle, soit envoyée au roi [d'Angleterre] pour être livrée à l'Eglise,
        pour lui faire son procès, parce qu'elle est soupçonnée et diffamée d'avoir commis plusieurs crimes, tels que sortilèges, idolâtries,
       invocations de démons et plusieurs autres cas touchant notre foi [...]. [...] pour dédommager ceux qui l'ont prise et retenue, le roi
       veut libéralement leur bailler jusqu'à la somme de 6000 francs [...]. Item, ledit évêque requiert en son nom, puisque cette femme a
       été prise dans son diocèse et 
sous sa juridiction spirituelle qu'elle lui soit rendue pour lui faire son procès, comme il appartient [...]
".

Il n'obtint pas de réponses. Le 21 novembre, l'Université lui fit comprendre qu'il fallait qu'il fasse diligence:

       "[...] Veuillez tâcher de la faire promptement conduire dans cette ville de Paris où le nombre de savants et des érudits est
       considérable, afin que sa cause puisse être éxaminée plus diligemment et jugée plus sûrement [...]
".

Du début novembre jusqu'au 21, Jeanne fut prisonnière à Arras; du 21 novembre au 20 décembre, au Crotoy. Le 06 décembre, Jeanne fut livrée aux Anglais
contre une rançon de 10000 couronnes; elle fut encore réclamée par Cauchon. Le 23 décembre, on l'emmena à Rouen où elle fut livrée aux autorités
ecclésiastiques et emprisonnée au château de Bouvreuil:

       "[...] Jeanne était dans une prison forte, avec des entraves de fer; elle avait cependant un lit. Elle avait aussi des gardiens Anglais,
       dont elle se plaignit souvent en disant qu'ils la tracassaient beaucoup et la maltraitaient
".

Elle attendit là son procès qui devait démarrer le 09 janvier 1431 ...


Le procès se déroula du 09 janvier au 30 mai 1431 (en 55 séances), décomposé en deux parties: le procès d'office (du 09 janvier au 25 mars, pour
l'instruction (qui doit aboutir à l'établissement d'un acte d'accusation), et le procès ordinaire, du 26 mars au 30 mai. Les 126 juges étaient pour la plupart
Français et issus du clergé. La Sainte Inquisition était représentée par le dominicain Jean Le Maistre. Celui-ci ne dira mot pendant l'instruction, laissant le
sale boulot et le mauvais rôle à Cauchon. Boisguillaume et Guillaume Manchon rédigeront la minute latine de ce procès, grâce à laquelle nous le connaissons
bien. Et rendons à César ce qui appartient à César: ce ne sont pas les Anglais qui ont fait brûler Jeanne, mais bien l'Eglise.

Du 09 janvier au 20 février, on convoqua les témoins, on nomma toutes sortes d'officiers pour le bon déroulement du procès, on forma les équipes qui devaient
juger Jeanne .... Du 20 fevrier au 25 mars: phase des interrogatoires

 - 21 fevrier, première audience publique: Jeanne fut introduite dans la chapelle du château de Rouen. Cauchon lui intima l'ordre:

       "Vous jurez de dire la vérité sur ce que l'on vous demandera concernant la matière de foi que vous saurez". Jeanne répondit:
       "[...] Pour les révélations qui lui ont été faites de par Dieu, elle ne les avait jamais dites ni révélées à personne, si ce n'est au seul
       Charles qu'elle dit être son roi, et qu'elle ne les révélerait pas même si on devait lui couper la tête [...]
".

Le reste de la séance fut utilisé pour un interrogatoire d'identité, auquel Jeanne se plia de bonne grâce.

 - 22 février, seconde audience publique: on l'interrogea notamment sur les premières manisfestations de ses voix. La Pucelle parla ensuite longuement de tout 
   ce qui lui était advenu de Vaucouleurs à Paris.

 - 24 février, troisième audience publique: Cauchon intima encore à Jeanne de dire toute la vérité, sans restriction, et celle-ci de
   répondre:

       "Par ma foi, vous pourriez me demander telles choses que je ne vous dirai pas.[...] Il se peut que sur beaucoup de choses que
       vous pourriez me demander, je ne vous dise la vérité, sur ce qui touche les révélations.[...] Je vous le dis: prenez garde à ce que vous
       vous dites mon juge, parce que vous assumez une lourde charge et me chargez trop
".


On l'interrogea ensuite sur ses voix (comme on lui demandait si elle était en état de grâce, elle répondit:

       "Si je n'y suis pas, Dieu m'y mette, si j'y suis, Dieu m'y maintienne ")

 sur "l'arbre des dames" et le "bois chesnu" de sa jeunesse.

 - 27 février, quatrième audience publique: on l'interrogea encore sur ses voix, sur Sainte Catherine et Saint Michel, qui lui étaient apparu...

 - 01 & 03 mars, cinquième et sixième audience publique: encore des interrogatoires sur la vie de Jeanne: l'échec à La Charité-sur-Loire, les paroles et
apparitions de Sainte Marguerite et Saint Michel, le signe donné au Dauphin, sur le fait qu'elle portait un habit d'homme, son étendard, son "séjour" à 
Beaurevoir et sa tentative d'évasion ...

Après l'audience du 03 mars, Jeanne fut reconduite en sa prison. Du 04 au 09 mars, les juges éxaminèrent les réponses de Jeanne d'Arc, au domicile de Mgr
Cauchon. Pour "fignoler" le dossier, ils décidèrent que certains d'entre-eux iraient en la prison de Jeanne, et l'interrogeraient .

 - 10 mars - Interrogatoire sur: sa capture à Compiègne; et sur le signe envoyé au Dauphin à Chinon :

       "Je ne vous dirai autre chose. Nul homme ne saurait décrire aussi riche chose que ce signe. Toutefois le signe qu'il vous faut, c'est
       que Dieu me délivre de vos mains; c'est le plus certain qu'il vous sache envoyer
".

 - 12 mars - Sur le signe envoyé au Dauphin; sur ses voix; sur son départ de chez ses parents (sans leurs permission); sur son habit d'homme: pensait-elle méfaire?


     "Non. Encore à présent, si j'étais en France avec cet habit, il me semble que ce serait un grand bien pour mon parti".

 - 13 mars - Sur ses échecs devant Paris et La Charité; sur le signe envoyé au Dauphin:

       "Ce fut que l'ange confirmait mon Roi en lui apprtant la couronne et en lui déclarant qu'il aurait tout le royaume de France avec
       l'aide de Dieu, et cela par mon labeur [...]
".

 - 14 mars - Sur Sainte Catherine; sur l'attaque de Paris un jour de fête religieuse; sur Franquet d'Arras, que Jeanne abandonna au bailli de Senlis; sur Beaurevoir:  
    pourquoi avait-elle sauté de la tour du château ? Evasion ou suicide ?

       "Elle répondit qu'elle avait entendu dire que tous ceux de Compiègne jusqu'à ceux qui atteignaient l'âge de sept ans, devaient être
       mis à feu et à sang, et qu'elle aimait mieux mourir que vivre après une telle destruction de bonnes gens, et ce fut l'une des raisons
       de son saut. L'autre fut qu'elle avait été vendue aux Anglais et elle aurait mieux aimé mourir que d'être en la main des Anglais, ses
       adversaires
".

 Croyait-elle se tuer en sautant ?

       "Elle répondit que non; mais en sautant elle se recommanda à Dieu. Et elle croyait, par le moyen de ce saut, échapper à ce qu'elle
       fût livrée aux Anglais
".

 - 15 mars - Sur les Saintes et les Anges qui lui sont apparu ...

 - 17 mars - Sur les Saints et les Saintes; sur son étendard; si Dieu aimait les Anglais :


      "De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, ou de ce qu'il fera à leurs âmes, je ne sais rien. Mais je sais bien qu'ils
       seront boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront
".

Puis on la laissa à nouveau. Le 24 mars, après un examen minutieux du dossier, on fit la lecture des "questions/réponses" à Jeanne. Elle fit très peu
d'observations...

Le 26 mars, Cauchon et ses "experts" décidèrent de procéder contre Jeanne à un procès ordinaire, qui était une suite logique à l'instruction précédente. Le 27, le promoteur Jean d'Estivet proclama à Jeanne une supplique annonçant qu'elle aura à répondre à chaque article de l'acte d'accusation (il y en avait 70 en tout).
On proposa à la jeune femme d'être assistée; elle refusa. Le 28, d'Estivet entreprit de lire un préambule où Jeanne était accusée d'être:

       "
...sorcière ou lectrice de sorts, devineresse, fausse prophétesse, invocatrice et conjuratrice de malins esprits, superstitieuse,
        impliquée et appliquée aux arts magiques, mal pensante [...], apostate à la foi, maldisante, malfaisante, blasphématrice envers
       Dieu et ses saints, 
scandaleuse, séditieuse, troublant et empêchant la paix, excitant aux guerres, cruellement altérée de sang humain,
       ayant abandonné sans honte la décence et la réserve de son sexe, prenant sans pudeur l'habit infâme et l'état des hommes d'armes,
       pour cela et d'autres motifs encore abominables à Dieu et aux hommes, prévaricatrices des lois divines et naturelles et de la discipline
       ecclésiastique, séductrice des princes et des simples; en permettant et consentant, à l'injure et au mépris de Dieu, qu'elle soit vénérée
       et adorée en donnant ses mains et ses vêtements à baiser, usurpatrice des hommages et au culte divin, hérétique ou du moins
       véhémentement suspecte d'hérésie ...
".

Après cela, d'Estivet procèda à la lecture des 70 articles de l'acte d'accusation, dont le préambule ci-dessus en est le résumé. Jeanne se défendit bec et ongles,
comme d'habitude ... Le 31, on l'interrogea encore, pour un complément d'informations, notamment sur ses voix. Les 02, 03, 04 et 05 avril, Cauchon, Le Maistre
et Nicolas Midi condensèrent les 70 articles en 12 articles, qui furent envoyés aux "docteurs et experts" pour délibération, sous forme d'une cédule réquisitoire,
portant sur les points suivants:


      1- ses voix, ses visions et sa "mission".
        2- le signe envoyé au Dauphin Charles.
        3- le fait que Saint-Michel lui est apparu.
        4- grâce à ses voix, elle croit savoir que certains évènements doivent survenir.
        5- le fait qu'elle a porté des habits d'hommes.
        6- le fait d'écrire des lettres avec en en-tête Jésus Marie.
        7- son départ de Domrémy à 17 ans.
        8- sa "tentative de suicide" à Beaurevoir.
        9- saintes Catherine et Marguerite lui promettent le paradis si elle garde sa viginité.
        10- le fait que Dieu aiment certaines personnes mais pas les Bourguignons (!).
        11- la révérence qu'elle fait aux saintes quand elles apparaissent.
        12- le fait que si l'église lui ordonne de faire quelque chose de contraire aux commandement de Dieu, elle refusera de lui obéir.

Durant les jours suivants, Cauchon et ses assesseurs reçurent les réponses des docteurs et experts. La plupart étaient convaincus de l'hérésie de Jeanne ... 
Le 02 mai, Jeanne persista à dire qu'elle respecte l'église militante (celle du Pape), mais que son seul juge est l'église triomphante (celle de Dieu). Elle fut
menacée d'être abandonnée par l'église si elle s'opiniâtrait dans le refus de se soumettre. Le 09, on intima l'ordre à Jeanne de répondre la vérité (comme s'ils
ne la savaient pas) sur les points qu'elle avait autrefois niés, sous peine d'être soumise à la torture; on lui montra les instruments prévus pour cela:

       "Si vous deviez me faire arracher les membres et faire partir l'âme du corps, je ne vous dirai pas autre chose; et si je vous en disais
       quelque chose après, je dirais toujours que vous me l'auriez fait dire par force
".

Le 12, en présence de Cauchon et de Le Maistre, douze assesseurs "votèrent" pour l'application de la torture: trois votèrent pour (Thomas de Courcelles, N
icolas
Loiseleur et Robert Le Barbier), et les neuf autres contre, pensant que c'était inutile, en raison de la volonté de la jeune femme. Comme la majorité a toujours
raison, Jeanne put éviter ce supplice.

Cauchon avait envoyé à Paris trois de ses compères, Jean Beaupère, Jacques de Touraine et nicolas Midi, afin d'exposer "l'affaire Jeanne d'Arc" à l'Université.
Celle-ci délibera le 29 avril sur les douze articles précedemment cités. Le 13 mai, l'Université fit parvenir sa réponse à Cauchon:

       "
Primo, que cette femme est schismatique, puisque le schisme est une séparation illicite de l'unité de l'Eglise [...] ; item, que cette
       femme erre en la foi, contredit l'article de la foi contenu dans le symbole: unam sanctam ecclesiam catholicam [...] ; item, que cette
       femme est apostate, car la chevelure que Dieu lui donna pour voile, elle la fit couper mal à propos [...] et elle abandonna l'habit
       de femme [...] ; item, que cette femme est menteuse et devineresse quand elle se dit envoyée de Dieu, et qu'elle ne se justifie pas par
       miracle en témoignage spécial de l'Ecriture [...] ; item, que cette femme erre en la foi: [...] en déclarant qu'elle aime mieux ne pas
       rececoir le corps du Christ, ne pas se confesser dans le temps ordonné par l'Eglise, que de reprendre l'habit d'homme [...] ; item, que
       cette femme erre encore l
orsqu'elle est aussi certaine d'être menée en Paradis que si elle était dejà dans la gloire des bienheureux
       [...]. En conséquence, si cette femme, charitablement admonestée par un juge compétent, ne veut pas revenir de bon gré à l'unité
       de la foi catholique, abjurer publiquement son erreur, au bon plaisir de ce juge, et donner convenable satisfaction, elle doit être
       abandonnée à la discrétion du juge séculier et recevoir la peine due à l'importance de son crime [...]
".

Le 19 mai, on procèda à la lecture de la réponse ci-dessus. Les 51 personnes présentes ce jour-là en approuvèrent les conclusions.
Le 23 mai, on résuma à Jeanne la délibération de la Faculté et on tenta une dernière fois de la raisonner, de lui faire abjurer ses erreurs. Vainement. La cause
était entendue. Il ne restait qu'à prononcer le sentence. Le 24, Jeanne fut conduite au cimetière de Saint-Ouen. Là, Mgr Cauchon commença à lire la sentence
qu'il avait préparé, et soudain, à la moitié de sa lecture, Jeanne, effrayée par l'idée du bûcher, s'écria qu'elle acceptait tout ce que voulait l'Eglise, qu'elle
abjurait ses erreurs. On lui apporta une cédule d'abjuration, qu'elle répéta à haute-voix et qu'elle signa de son nom:

       "
[...] moi, Jeanne, communément appelée la Pucelle, misérable pécheresse [...], Je confesse que j'ai très gravement péché en
       feignant mensongèrement d'avoir eu révélations et apparitions de par Dieu [...]; en portant l'habit dissolu, difforme et déshonnête,
       contraire à la décence de nature [...]. Confesse aussi que j'ai été schismatique, et par plusieurs manières que j'ai erré dans la foi.
       [...] Aussi je jure et 
promets [...] que jamais, par quelque exhortation ou autre manière, ne retournerai aux erreurs devant dites ...
".

Aussitôt, Cauchon prononça une autre sentence: Jeanne était condamnée

       "à la prison perpétuelle, au pain de douleur et à l'eau de tristesse, afin que tu y pleures ce que tu as commis et que tu ne commettes 
       plus par la suite rien qu'il faille pleurer, notre grâce et notre pouvoir de modération étant toujours saufs
".

La Pucelle fut reconduite en prison, et revêtit des habits féminins. Elle était devenue une prisonnière, et cela pour le restant de sa vie.


Les Goddons étaient furieux. Jeanne d'Arc échappait au bûcher. Le capitaine Anglais de Rouen, Warwick, fit savoir son mécontentement à Cauchon; celui-ci
aurait répondu:

       "messire, ne vous mettez pas en souci, nous la rattraperons bien !".

Le 28 mai, quelques juges se précipitèrent dans la prison de Jeanne. On les avait prévenus que la Pucelle avait repris les habits masculins, alors qu'elle avait juré
de ne plus le faire. Là, l'histoire est un peu floue. Jeanne dira qu'elle remit des habits d'hommes de son plein gré. Mais plus tard, l'huissier Jean Massieu dira que
ses gardiens lui avaient dérobé ses vêtements féminins, et qu'elle fut donc obligée de se vêtir en "homme" pour pouvoir se montrer. A cette occasion, les juges lui rappelèrent qu'elle avait signé une cédule d'abjuration dans laquelle elle jurait de ne pas se vêtir ainsi. Et ils la questionnèrent encore, sur ses voix.    
Jeanne répondit qu'elle les avait entendue depuis le 24 mai, et qu'elle était persuadée qu'elles venaient de Dieu. Les juges lui rappelèrent qu'elle avait reconnu ses mensonges:


       "Tout ce que j'ai fait, c'est par peur du feu. Tout ce que j'ai révoqué est contre la vérité ... J'aime mieux faire ma pénitence en
         une fois, c'est assavoir mourir, que d'endurer plus longue peine de prison
".

Elle avait tout dit. Les juges l'abandonnèrent ...
Le 29, Cauchon déclara que Jeanne était relapse, c'est-à-dire qu'elle était retombée dans l'hérésie; la sentence sera éxécutée le lendemain 30 mai, à 08 heures
du matin, sur la place du Vieux-Marché ... Ce matin-là, Jeanne put communier. Ensuite, très fortement escortée, par crainte d'un enlèvement, elle fut conduite
sur la place. Là, Cauchon proclama la sentence définitive, devant une foule nombreuse, composée d'Anglais pressés et rieurs, et de Français consternés et tristes.
Le Bourgeois de Paris (qui n'a pas assisté à l'éxécution):

       "
Elle fut liée à un pieu qui était sur l'échafaud qui était de plâtre, et le feu sur lui, et là elle fut bientôt asphyxiée et sa robe toute
       brûlée. Et puis les flammes furent poussées en arrière, et elle fut vue de tout le peuple toute nue et tous les secrets qui peuvent être
       ou doivent être en corps de femme, cela pour oter les doutes du peuple. Et quand ils l'eurent tous assez vue et à leur gré, morte et liée
       au poteau, le bourreau mit le feu à son pauvre cadavre, qui fut bientôt entièrement brûlé, et ses os et chairs mis en cendres. Il y en
       avait qui disaient que c'était une martyre qui était morte pour son vrai seigneur, et d'autres qu'elle avait mal agi et fait beaucoup
       de mal à ceux qui l'avaient 
tant gardée prisonnière. Ainsi disait le peuple. Mais quelque mal ou bien qu'elle ait fait, elle n'en fut pas
       moins brûlée ce jour-là
".

On peut trouver un réconfort en se disant qu'elle est morte asphixiée plutôt que brûlée. Jeanne d'Arc mourut en criant le nom de Jésus, devant la foule devenue
soudain silencieuse.

Un de ses juges, Jean Alespée, en larmes, dira:

       "je voudrais que mon âme fût où je crois qu'est l'âme de cette femme".

Jean Tressart, secrétaire du roi d'Angleterre:

       "nous sommes tous perdus, nous avons brûlé une personne sainte ... Son âme est sûrement dans la main de Dieu. Au milieu des
       flammes, elle n'a cessé de proclamer le nom de Notre Seigneur Jésus
".

Ses cendres furent jetées dans la Seine, afin d'éviter qu'on en fit des reliques.

Le 10 novembre 1449, Charles VII fit une entrée triomphale deans Rouen, mettant fin ainsi à la reconquête de la Normandie. Aussitôt, il chargea Guillaume
Bouillé de diligenter une enquête sur le procès de 1431. Cette enquête dura jusqu'en 1456. On interrogea tous ceux qui avaient connu Jeanne, ses amis, ses
compagnons d'armes (le Bâtard et d'Alençon, notamment), et même certains de ses juges. Le 07 juillet 1456, on proclama une sentence d'annulation:


        "[...] Nous disons et prononçons, décidons que lesdits procès et les sentences contenant dol, calomnies, contradictions, et erreurs
          manifestes de droit et de fait, ainsi que la susdite abjuration, l'éxécution et toutes les suites, furent et sont nuls, invalides, sans
          effets et sans valeurs [...]
".